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Recours, assurances et réflexes à adopter avant qu’il ne soit trop tard
Un chantier qui s’arrête brutalement, c’est le cauchemar de tout propriétaire. Les outils sont encore là, la poussière flotte dans l’air, mais les ouvriers ne reviendront pas. L’entreprise ne répond plus. Parfois, elle dépose le bilan. Parfois, elle disparaît sans prévenir.
Et soudain, les questions se bousculent :
– Qui va terminer les travaux ?
– Suis-je couvert par mon assurance ?
– Quels sont mes droits et mes recours ?
Ce scénario, malheureusement fréquent, illustre à quel point il est essentiel de connaître les bons réflexes. Voici comment agir, étape par étape, pour protéger votre projet, vos finances et votre sérénité.


1. Faire constater l’abandon du chantier
La première étape consiste à établir une preuve formelle.
Même si la situation semble évidente, il faut la documenter juridiquement :
– faites intervenir un huissier de justice ou un expert indépendant pour dresser un constat d’abandon;
– prenez des photos datées du chantier dans son état actuel;
– conservez tous les documents liés aux travaux : devis, factures, acomptes, échanges de mails, messages, attestations d’assurance.
Ce dossier servira de base à toute démarche : assurance, action judiciaire ou nouvelle consultation d’entreprises. Sans preuve écrite, il sera très difficile d’engager la responsabilité de l’entreprise défaillante.
2. Envoyer une mise en demeure à l’entreprise
Même si l’entreprise ne répond plus, il est indispensable de respecter la procédure légale. Adressez lui une mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception pour exiger la reprise du chantier sous 8 à 15 jours.
Si l’entreprise est réellement défaillante, cette étape permettra :
– d’enclencher une résiliation de contrat pour inexécution;
– ou de saisir le liquidateur judiciaire en cas de dépôt de bilan.
Ce courrier est la clé pour activer les assurances et prouver votre bonne foi en cas de litige.
3. Comprendre le rôle des assurances
La confusion est fréquente entre les différents types d’assurances. Beaucoup de maîtres d’ouvrage croient que leur assurance dommages-ouvrage (DO) couvre tous les risques liés au chantier. C’est faux.
Ce que couvre la DO
L’assurance DO protège le maître d’ouvrage après la réception des travaux contre les désordres graves qui :
– compromettent la solidité du bâtiment (fissures structurelles, affaissements, infiltrations, etc.) ;
– ou rendent l’ouvrage impropre à sa destination (défauts d’étanchéité, problèmes de structure, etc.).
Elle a l’avantage d’assurer un préfinancement rapide des réparations avant toute recherche de responsabilité.
Ce qu’elle ne couvre pas
– l’achèvement du chantier en cas de faillite;
– les malfaçons apparentes lors de la réception;
– les dommages esthétiques ou mineurs;
– les abandons purs et simples sans sinistre associé.
Autrement dit, si l’entreprise cesse son activité sans avoir terminé les travaux, la DO n’interviendra pas pour achever le chantier.
4. L’assurance décennale : une autre protection, mais limitée
Chaque entreprise du bâtiment doit être couverte par une assurance décennale. Elle garantit pendant 10 ans les dommages graves affectant la solidité de l’ouvrage ou le rendant inutilisable.
Mais cette garantie ne s’applique qu’aux travaux achevés.
Si le chantier est abandonné avant réception, la décennale ne couvre pas les parties non terminées.
Elle peut toutefois intervenir si des désordres sont constatés sur les éléments déjà réalisés. Par exemple : des fissures sur une dalle coulée, un défaut d’étanchéité, ou un affaissement de plancher.


5. Ne pas relancer les travaux sans accompagnement
La tentation est forte de vouloir relancer rapidement. Mais reprendre un chantier abandonné sans diagnostic préalable peut aggraver la situation.
Faites intervenir un architecte d’intérieur ou un maître d’œuvre indépendant pour établir un état des lieux technique.
Son rôle :
– analyser les travaux déjà réalisés;
– identifier les non-conformités;
– estimer le coût des reprises;
– rédiger un nouveau cahier des charges.
Ce document permettra de relancer un appel d’offres clair, avec des entreprises compétentes et informées du contexte.
Un professionnel expérimenté saura également vérifier les normes en vigueur, les raccords techniques et les risques cachés (structure, humidité, ventilation).
6. Les recours possibles
Une fois le constat et la mise en demeure effectués, plusieurs voies s’offrent à vous :
Recours amiables et judiciaires
– action contre l’entreprise pour inexécution contractuelle;
– saisine du liquidateur judiciaire, si elle est en faillite;
– demande d’indemnisation via la DO ou la décennale si des désordres sont avérés;
– recours à votre assurance multirisque habitation, parfois utile pour certains sinistres (vols, dégâts accidentels).
Intervention d’un expert
Dans les cas complexes, l’intervention d’un expert judiciaire peut s’avérer nécessaire pour établir la nature exacte des préjudices et chiffrer les réparations.
7. Les précautions à prendre avant tout nouveau chantier
Un abandon de chantier est une expérience éprouvante, mais elle révèle aussi l’importance de la préparation.
Avant de signer un nouveau devis, prenez le temps de :
– vérifier les assurances décennales et RC pro de chaque intervenant ;
– consulter la situation financière de l’entreprise (societe.com, avis clients, recommandations réelles) ;
– exiger un devis détaillé avec planning et modalités de paiement progressif ;
– demander un interlocuteur identifié (chef de chantier ou conducteur de travaux).
Et surtout, ne signez jamais un contrat sans avoir obtenu une attestation d’assurance décennale valide mentionnant l’activité concernée.
8. Le rôle de l’architecte d’intérieur dans la sécurisation du projet
Contrairement à une idée reçue, l’architecte d’intérieur ne se limite pas à la conception esthétique. Il joue un rôle clé dans la prévention des risques et la coordination des travaux.
Son expertise permet :
– d’analyser la faisabilité technique et réglementaire ;
– de sélectionner des entreprises fiables ;
– de planifier les interventions ;
– de suivre l’exécution et d’éviter les dérives.
Sa présence apporte une structure claire, un cadre contractuel, et un regard technique sur les ouvrages réalisés. Un chantier bien encadré est un chantier qui ne s’abandonne pas.


En conclusion : l’assurance protège, mais l’encadrement prévient
L’assurance dommages-ouvrage et la décennale sont des garanties indispensables, mais elles ne suffisent pas à elles seules à sécuriser un projet. Elles interviennent après coup, quand le problème est déjà là.
La vraie prévention, c’est la vigilance avant le premier coup de marteau : choisir les bons partenaires, comprendre ses contrats, documenter chaque étape et se faire accompagner.
Chez TRAIT-NOIR, chaque projet est conçu avec cette exigence de clarté, de méthode et de cohérence. L’objectif : des chantiers menés jusqu’au bout, sans chaos, sans abandon, et dans le respect du lieu comme de ceux qui y vivent.
Parce qu’une rénovation réussie, ce n’est pas seulement une question de design. C’est une question de fiabilité, de responsabilité et de confiance.
Je m’appelle Thimy, je suis architecte d’intérieur. J’accompagne les particuliers, professions libérales et entrepreneurs à concevoir des espaces cohérents, durables et justes. Des lieux qui racontent ce qu’ils sont et où il fait bon vivre ou exercer.
Si vous souhaitez rénover, repenser ou valoriser votre espace, parlons en ensemble.

